DAACT déposée et travaux non conformes : la régularisation doit passer par le dépôt d’un nouveau permis

Dans un arrêt du 25 novembre 2020, le Conseil d’Etat répond par la négative à la question de savoir s’il est possible de régulariser une construction avec un permis modificatif dès lors que les travaux ont été achevés (CE, 25 nov. 2020, n° 429623).


Pour rappel, la déclaration attestant l’achèvement et la conformité des travaux (DAACT) est obligatoire pour les travaux issus d'un permis de construire, d'aménager ou d'une déclaration préalable de travaux. Elle doit être adressée à la Mairie pour lui signaler la fin des travaux - articles L462-1 et R462-1 du code de l’urbanisme.

En applications de l'article R 462-6 du code de l’urbanisme, la mairie dispose d'un délai de 3 mois à partir de la date de réception de la DAACT, sous réserve des cas où un récolement est obligatoire, pour contester la conformité des travaux.

Passé ce délai, la mairie ne peut plus contester la conformité des travaux et ne pourra plus exiger du pétitionnaire qu’il procède à la régularisation de ses travaux à l’occasion du dépôt d’une nouvelle demande (en ce sens : CE, 26 nov. 2018, n°411991, Sormonte).

Cette solution a été reprise par le Conseil d’Etat dans la présente affaire :

« En vertu de l’article R. 462-6 du même code, dans sa rédaction applicable au litige, à compter de la date de réception en mairie de la déclaration signée par le bénéficiaire du permis de construire attestant l’achèvement et la conformité des travaux, l’autorité compétente dispose, sous réserve des cas où un récolement des travaux est obligatoire, d’un délai de trois mois pour contester la conformité des travaux au permis ou à la déclaration, au-delà duquel elle ne peut plus exiger du propriétaire qui envisage de faire de nouveaux travaux qu’il présente une demande de permis ou dépose une déclaration portant sur les éléments de la construction existante édifiés sans respecter le permis de construire précédemment obtenu ou la déclaration préalable précédemment déposée. »

Les voisins du projet disposent également d’une action devant la juridiction judiciaire aux fins de contester d’éventuelles non-conformité leur portant préjudices.

En l’espèce tel a été le cas. Les voisins ont assigné le bénéficiaire du permis en litige devant le tribunal judiciaire aux fins de voir constater une non-conformité liée à la hauteur du bâtiment.

Aux fins de régulariser ces travaux non-conformes, le pétitionnaire, qui avait d’ores et déjà déposé auprès de la Mairie sa DAACT, a demandé un permis de construire modificatif qui lui a été accordé.

Les voisins ont alors saisi la juridiction administrative aux fins de voir annuler ce permis modificatif.

Ainsi, le Conseil d’Etat, par un raisonnement a contrario, est venu affirmer que la DAACT faisait obstacle à ce que les travaux non-conformes soient régularisés par permis modificatif :

« L’autorité compétente, saisie d’une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d’un permis de construire en cours de validité, tant que la construction que ce permis autorise n’est pas achevée, un permis le modifiant, sous réserve que les modifications apportées au projet initial n’en remettent pas en cause, par leur nature ou leur ampleur, la conception générale ».

Dès lors, le pétitionnaire n’a pas d’autres choix que de solliciter un nouveau permis aux fins de régulariser ces travaux non conformes achevés :

« Enfin, si la construction achevée n’est pas conforme au projet autorisé, le titulaire du permis de construire conserve la faculté, notamment si une action civile tendant à la démolition ou à la mise en conformité de la construction a été engagée, de solliciter la délivrance d’un nouveau permis de construire destiné à la régulariser, qui doit porter sur l’ensemble des éléments de la construction qui ont eu pour effet de modifier le bâtiment tel qu’il avait été initialement approuvé et respecter les règles d’urbanisme en vigueur à la date de son octroi ».

Sous réserve que cette régularisation soit possible, il sera donc nécessaire de déposer une demande d’un nouveau permis de construire aux fins de régulariser des travaux non-conformes mais achevés.

En revanche, dès lors que ces travaux non-conformes ne sont pas achevés la voie du permis de construire modificatif est ouverte.


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